Le sport de haut niveau et les femmes intersexes

Il y a trois jours, une lettre envoyée à l’Association internationale des fédérations d’athlétisme a été publiée sur internet (lien). Elle dénonce le traitement que les femmes intersexes, sportives de haut niveau, subissent de la part des organisations nationales et internationales. La lettre a été rédigée et signée par un grand nombre de personnes athlètes, militant·e·s des droits humains, militant·e·s intersexes, universitaires travaillant dans le domaine de la biologie, de l’éthique, des sciences humaines.

J’ai décidé d’en dire deux mots ici car l’actualité olympique constitue une occasion de visibiliser certaines des discriminations subies par les intersexes. C’est aussi une occasion de montrer une image positive de personnes intersexes qui réussissent, qui affrontent l’adversité, qui s’appuient sur leurs pairs et sur leurs allié·e·s. C’est donc un symbole fort et encourageant.
Enfin, évoquer ici quelques aspects de cette lettre c’est rendre accessible certaines informations aux personnes qui ne sont pas anglophones.

Le texte part en partie de la disqualification subie par l’athlète indienne Dutee Chand en raison de son taux naturellement élevé de testostérone. Dans de telles situations, pour ne pas voir leur carrière se terminer, les athlètes sont incitées à subir des interventions médicales. Autrement dit, des personnes en bonne santé, qui ne souhaitent pas par elle-mêmes d’interventions hormonales et/ou chirurgicales sont envoyées chez le médecin. Bien sûr, c’est plus subtil que ça. Elles ne sont pas directement et physiquement forcées. Elles subissent « seulement » une pression sociale et économique. Pression sociale car « leur cas » est médiatisé et les interrogations les plus immondes sont faites concernant les différents aspects de leur anatomie. Pression économique car leurs revenus dépendent de leur maintient dans les compétitions.

Sur la base de ces éléments, quel libre choix reste-t-il vraiment à ces athlètes ? Ce sont des années d’entraînement qui peuvent partir en fumée. C’est la possibilité d’une vie avec une sécurité financière qui est en jeu. Car, en plus d’être des femmes, des femmes intersexes, ces athlètes sont souvent racisées et venant de milieux modestes voire très pauvres…

La situation de Dutee Chand ou celle de Caster Semenya montre que pour avancer dans la défense des droits des personnes intersexes, il faut avancer avec les outils du féminisme intersectionnel. Nombreuses sont les personnes qui avant moi ont pu dire que nos corps sont des champs de bataille politiques. J’y adhère totalement. Pour rentrer dans les normes (olympiques, médicales, sociales, etc.) nous subissons des actes qui ont des conséquences sur notre santé, sur notre confort de vie, sur notre capacité à procréer. Voilà un passage de la lettre qui évoque cela de manière très claire et détaillée :

« La politique [des instances comme l’Association internationale des fédérations d’athlétisme] exige que des femmes sans aucune plainte de santé subissent des interventions chirurgicales invasives afin de réduire leur taux de testostérone dans les limites permises afin de poursuivre leur carrière sportive. Ce sont des interventions graves qui sont médicalement inutiles et nuisibles à court et à long terme. Ces interventions peuvent agir sur l’ostéoporose, la force musculaire, la dépression, les troubles du sommeil, la libido, le diabète et la fatigue. La chirurgie irréversible nécessite par ailleurs la mise en place d’un traitement hormonal à vie et peut également rendre les femmes stériles »

Les discriminations et pressions subies par ces athlètes sont représentatives de celles que subissent les intersexes d’une manière générale. Il s’agit d’une atteinte à nos droits humains, à notre santé, à notre liberté de nous investir dans certaines activités.

Ce qui sous-tend ces atteintes ce sont des normes sociales concernant principalement ce que « devraient » être les corps et ce que « devraient » être les expressions de genre. Et l’un des bras armés de ce système repose sur un certain nombre de médecins dont on peut s’interroger sur leur rapport au serment d’Hippocrate (« D’abord, ne pas nuire ») et à l’éthique d’une manière générale.

 

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