Le nez dans de bonnes lectures…

Je constate que ça fait bientôt un mois que je n’ai rien publié sur le blog. Shame on me. Mais, j’ai de bonnes excuses. Si, si, je vous assure. Si j’écris moins c’est parce que je lis trop. Donc je vais vous faire un rapide topo sur ce que j’ai lu et que je vous conseille de lire également à défaut d’écrire quelque chose de plus personnel.

Le premier conseil de lecture c’est clairement la brochure que le Collectif Intersexes & Allié.e.s a publié au début du mois. Si vous devez lire une seule chose en ce début d’année, c’est ça. C’est un écrit de qualité qui définit clairement les termes « intersexe » et « intersexué·e·». La différence entre sexe et genre est posée et ces termes sont articulés l’un à l’autre. Les grandes revendications des personnes intersexes sont synthétisées et des éléments concernant l’histoire de nos luttes sont aussi évoqués. Bref, un sans faute. Et tout ça en 4 pages. Après une telle brochure, j’estime que plus personne n’a d’excuses pour ne pas être au clair sur les enjeux auxquelles les personnes intersexes sont confrontées.

https://ciaintersexes.files.wordpress.com/2017/01/brochure-cia.pdf

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Deuxième conseil de lecture dans un genre très différent : la thèse de linguistique d’une alliée, Noémie Marignier. Le format n’est clairement pas le même. On est sur un peu plus de 300 pages. J’ai lu environ le premier tiers. Ce travail explique de manière très documentée la façon dont les personnes qui ont des sexes atypiques sont traitées en terme de mots et en terme de technologies médicales. Ça montre, s’il fallait encore être convaincu·e, que les mots sont importants, qu’ils déterminent les regards, qu’ils déterminent comment les corps sont lus et interprétés et donc comment on les laisse intacts ou comment on cherche à les normaliser. Tout ceci (l’idéologie médicale justifiant les interventions non-nécessaires et non-consenties) est notamment basé sur l’idée d’une sexualité nécessairement hétérosexuelle, centrée sur un rapport pénis/vagin et préservant les stéréotypes de genre. Bref, c’est sans doute un peu trop résumé comme ça mais c’est très enthousiasmant comme lecture. Et ça montre que, si penser les catégories « sexes », « genres » et « sexualités » de façon différenciées peut être éclairant, les compartimenter serait une erreur sur le plan intellectuel mais aussi sur le plan des stratégies militantes. Lecture à poursuivre donc… J’en reparlerai plus en détail ultérieurement.

Enfin, troisième conseil de lecture, un livre de Thierry Hoquet intitulé « Des sexes innombrables – Le genre à l’épreuve de la biologie ». L’avantage de ce livre est déjà qu’il se trouve facilement dans le commerce ou en bibliothèque (espérons que ce sera bientôt le cas pour une partie de la thèse de Noémie!). Sur son contenu, je garderai trois grandes idées :
Le sexe (entendu du point de vue de matériel biologique) est complexe et se situe sur plusieurs niveaux : sexe chromosomique, gonadique, hormonal, caractères sexuels dit secondaires, etc. Qu’est-ce qui fait que l’une de ses dimensions aurait plus de valeur qu’une autre pour dire quel serait le supposé « vrai sexe » d’une personne ? Quel est l’arbitraire lié aux représentations sociales qui va être déterminant ?
La biologie n’est pas une discipline protégée des enjeux biopolitiques. Elle peut donc être avant tout un instrument de contrôle social plus qu’une discipline cherchant à construire des théories explicatives sur le monde qui se doivent d’être sans cesse à améliorer et qui sont des modélisations ayant nécessairement des limites.
– Le sexe n’est jamais totalement du sexe, il est nécessairement influencé par ce qu’on a en tête en terme de genre. C’est à dire qu’il n’existe pas une pure réalité biologique objective. Le rapport au corps et aux sexes est toujours pris dans des représentations sociales. Ainsi, il faut faire très attention à l’idée qui laisserait imaginer que le genre serait socio-psychologique et que le sexe serait une réalité indépendante d’un observateur qui interprète des éléments du corps à partir d’un contexte. Cela a des conséquences sur ce qu’on peut mettre en place comme revendications sociales et notamment comme revendications des mouvements féministes. Laisser le sexe en dehors du social c’est laisser la seule parole et le seul pouvoir de décisions sur les corps aux biologistes et/ou aux médecins.

Voilà, j’espère avoir montré que, si j’ai un peu moins publié ce n’est que provisoire. Je continue mon travail de veille concernant les informations importantes (notamment par le compte Twitter) et je lis des écrits susceptibles d’être utiles à nos revendications et à nos actions militantes.