Le coming-out auprès des partenaires

Il y a une très belle chanson de Cyane Dassonneville qui s’appelle « Comment te dire »1. Elle est aussi très rare car elle évoque le coming out auprès des partenaires dans le commencement d’une rencontre. Aujourd’hui encore, le coming-out est pensé par beaucoup de personnes comme le fait de devenir visible comme lesbienne, gay, ou bi·e. Mais le coming-out n’est pas qu’une affaire d’orientation sexuelle. Faire un coming out c’est rendre visible quelque chose que l’autre n’imagine pas. C’est sortir de la case dans laquelle il nous avait placé. Par défaut, la plupart des gens imaginent que leurs interlocuteurs et interlocutrices sont hétéros, cisgenres et dyadiques. Quand on n’est pas l’un·e des trois, on est toujours dans le placard par défaut, pour les nouvelles personnes que l’on rencontre.

Quand on est lesbienne, gay, ou bi·e, il n’y a pas trop de raison de faire un coming-out auprès d’une personne à qui on plait. Vraissemblablement, l’attirance mutuelle a déjà été perçue. Mais quand on est trans et/ou intersexe, la question d’en dire quelque chose à ses potentiel·le·s partenaires se pose.

Mais revenonon à la chanson de Cyane Dassonneville. Elle dit notamment :

Comment te dire ?
A cet instant mon cœur s’emballe.
Comment te dire ?
Je voudrais pas que tu t’en aille.
Je ne sais que dire,
Je ne sais que faire,
Faut-il s’enfuir ?
Faut-il se taire ?

Oui, toutes ces questions, en tant qu’intersexe, on peut se les poser. Toutes ces émotions on peut les ressentir. Y a-t-il un bon moment pour en parler ? Si on attend trop est-ce que l’autre peut nous le reprocher ? Est-ce que l’autre peut nous dire qu’on a masqué quelque chose d’important ? Ou pire, qu’on a menti, trahi sa confiance ? Mais d’un autre côté, faire ce coming-out c’est donner accès à quelque chose d’intime, à une dimension qui nous expose. C’est prendre le risque du rejet, de l’incompréhension, de questions intrusives, déplacées, blessantes. C’est prendre le risque que cette information soit transmise à d’autres, sans notre consentement qu’il y ait une volonté de nuire ou pas. C’est prendre le risque d’un outing si la suite de la relation se passe mal. Bref, si la rencontre amoureuse et/ou sexuelle n’est pas forcément simple dans l’absolu pour qui que ce soit, pour les trans et les intersexes, il y a cette dimension qui la complexifie.

Il y a quelques mois j’ai eu une conversation à propos de tout cela avec un ami. Il a dit quelque chose que j’ai trouvé à la fois juste intellectuellement et apaisant émotionnellement. Il m’a dit que certaines personnes pouvaient effectivement prendre de la distance après un coming-out trans ou intersexe mais qu’on n’y perdait rien à bien y regarder. En effet, le souci dans un moment pareil, ce n’est pas nous, ce n’est pas notre corps qui serait trop atypique pour être désirable. Le problème est dans le regard de la personne en face. Son éloignement, voir son rejet explicite vient davantage révéler quelque chose d’elle, de son rapport au corps des autres, à sa vision de ce qui serait désirable et à ce qui ne le serait pas. Ça ne vient rien dire sur nous.

Article 28-1

Ce qui est peut-être plus compliqué d’après moi ce sont les personnes qui peuvent nous exotiser. Qui peuvent fantasmer sur nos corps comme nouvelle expérience. Une de plus dans un catalogue qui comporte régulièrement différents type de cases à cocher : « noir·e », « trans », « intersexe », etc. Alors, on peut craindre d’être limité·e à cette caractéristique dans le regard de l’autre. Un peu comme le disent certaines femmes noires qui perçoivent que certains hommes blancs s’intéressent à elles pour ce qu’ils fantasment d’une représentation raciste, stéréotypée, fétichisante et pas du tout pour les personnes qu’elles sont.

Mais alors, que faire ? Se méfier de toute personne qui souhaite se rapprocher de nous et qui nous trouve aimable et/ou désirable ? C’est l’éternelle question de l’équilibre entre trop de protection qui isole et pas assez de vigilance qui expose à de la violence psychologique. C’est un équilibre très subtil qui varie selon les personnes, selon les expériences qu’on a vécues et selon les périodes de sa vie. Je pense qu’on peut repérer certains signes concernant les personnes qui nous exotisent. Souvent, elles ont déjà exotisées d’autres de leurs partenaires. La façon dont elles en parlent est un bon indicateur pour s’alerter. Il y a aussi les personnes qui trop vite veulent savoir et qui orientent la conversation sur notre corps, ses spécificités, les opérations subies, etc.

Je pense qu’il faut faire des expériences et voir ce qui nous convient spécifiquement. Je ne suis pas sûr qu’il y ait une recette infaillible sur comment fonctionner avec nos potientiel·le·s partenaires. Je pense que le fait d’être visible comme intersexe auprès d’autres personnes est toujours aidant. Avoir fait l’expérience de coming-out positifs auprès d’ami·e·s et de diverses connaissances limite l’appréhension, donne des mots avec lesquels on se sent plus à l’aise. Ça aide aussi à ne pas être enfermé·e dans la honte qu’on nous a insufflée dans notre enfance (par les médecins, par nos parents, etc.) mais aussi face à celle que génère notre société actuelle (le body-shaming de tous les corps ne répondant pas à certaines normes est juste effroyable).

Article 28-2

Maintenant, nous avons besoin de plus de témoignages et de plus de ressources pour les intersexes concernant leur lien à leurs partenaires et leur lien à la sexualité. Il y a aussi besoin de plus de ressources s’adressant à nos partenaires un peu comme ça a été fait à un moment pour les partenaires des hommes trans bi/gay/queer2.

Bref, apprenons à parler de nos corps, de nos sexualités, de nos échanges avec nos partenaires. Ce sont des sujets légitimes. Ce sont des prises de parole qui servent aux autres personnes intersexes. Et d’une manière générale je pense que ça peut aussi ouvrir des horizons pour plein de personnes aussi bien dans leur rapport à leur propre corps que dans leur rapport aux autres.

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1- https://www.youtube.com/watch?v=x4Sh39p0cQ0
2- http://ftmvariations.org/tcharge/10choses.pdf

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