La culpabilité de ne pas en faire assez dans mon militantisme

Comment je prends en compte mes limites ? Mon énergie restreinte ? Mon temps compté ?

Comment je me cache derrière mes besoins et mes blessures pour ne pas faire plus pour les autres ?

Est-ce que parfois je sacrifie les autres pour mon confort ? Quel confort est légitime ? A quel moment c’est basique et juste de partager une pomme pour manger à deux dessus ? A quel moment c’est simplement stupide de sauter dans le précipice où un·e autre est en train de tomber ? Voilà mon dilemme, en deux images.

Je pense parfois ne pas agir assez pour les autres. Je pourrais les protéger plus, les aider davantage. Et particulièrement les autres intersexes.

C’est parfois un écartèlement. Je me sens responsable des mutilations qui continuent. Je me sens responsable des suicides qu’on n’a pas pu éviter. Je me sens coupable de ne pas fournir de quoi faire avancer des projets qui sont nécessaires mais qu’on n’est pas en état collectivement de mener ici et maintenant.

article 34 - Natalie FossIllustration faite par l’artiste norvégienne Natalie Foss


Et si j’étais davantage visible, est-ce que ça aiderait d’autres personnes ? Est-ce que ça permettrait à d’autres intersexes de se reconnaître comme intersexes ? De s’engager dans le militantisme ? D’avoir plus de force toustes ensemble ?
Et si je travaillais moins et que je militais plus, est-ce que ça changerait la donne ?

Je n’arrive pas à penser. Les mots s’éparpillent.
Impression de nausée.

Honte de dire ça.
Culpabilité d’être moins abimé que d’autres.
Colère de ressentir cette honte et cette culpabilité. Une part de moi pensant qu’elle ne m’appartient pas. Que bien d’autres que moi portent les vraies responsabilités des violences que nous subissons. Mais une autre part de moi ne peut s’en dégager.

Alors j’écris parce que j’imagine que je ne suis pas seul·e à ressentir ça.
J’écris parce que je me dis que ça peut aider d’autres.
J’écris pour les personnes qui se sentent responsables des violences qu’elles ont subies. Et pour celles qui se sentent responsables des violences dont elles n’ont pu préserver les autres.

* * *

Aujourd’hui je ne sais pas me pardonner, être apaisé par rapport à ces émotions mais j’aimerais pouvoir être l’une des choses qui t’aidera, toi qui me lis, à conquérir cet apaisement. Et peut-être qu’en faisant ça, j’arriverai aussi à conquérir une part du mien.

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2 réflexions sur “La culpabilité de ne pas en faire assez dans mon militantisme

  1. Ça fait un bien fou de te lire.
    je milite avec des personnes illégalisées et violentées par l’État français. Moi j’ai des papiers, un toit, des études. Souvent je m’épuise, n’arrive pas à sortir d’un lit le matin quand une expulsion a eu lieu. Et je me sens faible, privilégiée, nantie et même dire « je » pour qualifier ce ressenti me semble indécent. Je ne parviens pas mettre une distance juste qui me permette de continuer à être mobilisée et à aider. La violence qui ne me frappe et ne me mutile pas directement laisse pourtant des traces. Fait écho à d’autres régimes de violence intime, travaille une culpabilité profonde.

    Bref, merci merci merci je vais garder ce lien très précieusement. Et le lire et le relire quand ça ira moins.

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