Coming out d’anniversaire

Comme le privé est politique et que lorsqu’on est intersexe, on peut ne pas savoir comment se lancer dans un coming-out, et bien je vous transmets le mien.

Prenez soin de vous et on se retrouve dans quelques temps pour une autre publication.

article 35 coming out.jpgJe n’ai pas pu résister à mettre cette image. Désolé ! ^_^

 

Bonjour à vous,

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire, mes 32 ans. Et oui, je sais, on ne dirait pas avec ma peau de pêche et mes trois poils de barbe. Mais si, j’ai bien 32 ans.

Cette année, j’ai décidé que cet anniversaire serait spécial. Habituellement, je ne célèbre pas mon anniversaire. Ça n’a pas beaucoup de sens pour moi. Et puis, le truc des cadeaux, c’est embarrassant, j’ai toujours peur d’en avoir qui tombent à côté de la plaque. Et ça participe souvent à une surconsommation dont je trouve qu’on n’a pas besoin. Bref, ce n’est pas vraiment la question de ce mail. En fait, cette année, j’ai décidé de mettre à profit (dans tous les sens du terme) cette date pour récolter des fonds et vous raconter une histoire.

Il y a 32 ans, je suis né. C’était une bonne nouvelle pour ma famille. Mais un truc a soucié les médecins et du même coup mes parents : je n’étais pas tout à fait comme on m’attendait. J’étais intersexe. Les personnes intersexes ont des caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas à ce qui est attendu classiquement comme normes de corps. Ça peut être perçu à la naissance, à l’adolescence ou bien plus tard dans la vie adulte. Ça peut concerner les organes génitaux internes ou externes, les gonades, les chromosomes, les taux hormonaux, les caractéristiques sexuelles secondaires. Bref, pas mal de choses.

Et quand on n’entre pas complètement dans les cases, on se fait invalider pas les médecins. Ils disent qu’on ne peut pas rester comme ça, qu’il faut normaliser nos corps car personne ne pourra nous accepter que ce soit dans l’espace social ou dans le lien avec nos potentiel·le·s partenaires. Alors ils pratiquent des chirurgies sur nos corps, sans consentement, sans respecter les lois qui semblent s’appliquer pour tout le monde sauf pour nous. Après cette première violence, une seconde vient : la préconisation du secret, l’injonction à la honte. Nous vivons avec cela. Alors que nous sommes 1,7% de la population, nous sommes presque invisibles et cela nous isole. Cela a aussi des conséquences sur notre santé psychique. Nous sommes plus susceptibles de développer des dépressions, des conduites addictives, etc. Ce n’est pas nos variations qui ont ces effets sur nous, c’est la façon dont nous sommes socialement traité·e·s et stigmatisé·e·s.

Alors, pour agir, pour survivre à ces expériences traumatiques, à l’invalidation de nos corps, au body-shaming, nous nous organisons depuis quelques années. Nous agissons pour sensibiliser l’opinion publique, pour faire connaître les maltraitances médicales. C’est suite aux mobilisations des associations intersexes que le 12 octobre 2017, l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe a adopté une résolution appelant l’interdiction des « chirurgies médicalement non-nécessaires et normalisantes du sexe, de la stérilisation et des autres traitements pratiqués sur les enfants intersexes sans leur consentement éclairé ».

Alors, maintenant, que pouvez-vous faire ? Vous informer, par exemple en visitant le site du collectif dans lequel je milite : https://ciaintersexes.wordpress.com/

Et vous pouvez aussi nous aider, soit en finançant une partie de nos actions, soit en nous rejoignant, soit en diffusant nos revendications autour de vous, notamment sur les réseaux sociaux.

Pour information :
15 euros = 40 badges à distribuer lors d’évènements et de manifestations
30 euros = 40 flyers couleurs à distribuer ou à laisser dans des lieux de sociabilité LGBTQ
50 euros = location d’une sono pour un événement de visibilité dans l’espace public
60 euros = honoraires payés à une psy pour une heure de groupe de parole

https://www.helloasso.com/associations/collectif-intersexes-et-allie-e-s/formulaires/1/widget

Et bien sûr, vous pouvez me solliciter pour échanger quand/si vous le souhaitez.
Passez un bon début de semaine.

Des bises.

A.

4 réflexions sur “Coming out d’anniversaire

  1. Bonjour et bon anniversaire 🙂

    Je vais suivre ce blog que je viens tout juste de découvrir , je n’ai certainement pas suffisamment chercher … Je suis moi aussi intersexe et je n’en parle jamais à personne. Seules 2 personnes le savent et je ne suis pas certain-e d être capable de faire mon coming out … Et pourtant, bien que je m assume parfaitement comme je suis , j ai envie de crier au monde ce que je suis et que je suis fier-e de l’etre, alors bravo ! Peut être trouverai-je le même courage bientôt 🙂
    Et puis j’ ai envie de militer un peu 😉

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    • Merci pour ton commentaire, ça fait toujours plaisir de lire des petits mots enthousiastes et encourageants 🙂
      Concernant le coming out ou le militantisme, rien n’est obligatoire. De mon point de vue il y a des parcours individuels et pas de parcours obligés. Il faut savoir ce qu’on veut, ce qui est bon pour soi et quand c’est le bon moment.
      En tout cas, si tu es proche de Paris ou de Bordeaux, tu peux passer aux permanences mensuelles du Collectif Intersexes et Allié·e·s si tu veux échanger. Si tu as Twitter ou Facebook tu peux me faire signe pour papoter aussi. Et puis il y a aussi cette page pour contacter le CIA en ligne : https://collectifintersexesetalliees.org/contactnous-rejoindre/
      N’hésite pas à me/nous faire signe. Les premiers contacts sont parfois un peu impressionnant dans l’idée mais en pratique ça fait souvent du bien d’échanger avec d’autres intersexes. Allez, passe une bonne fin de semaine. A+

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  2. Merci pour ces infos 🙂
    Je suis proche de Paris… je vais consulter l agenda et essayer de me rendre a une permanence, car bien que je m’assume parfaitement, il est toujours difficile d avoir des conversations franches et libres, ce qui m’empêche en quelques sortes de m’exprimer librement 😦 je ne sais pas pour les autres justement, mais s assumer et être bien avec son corps ne veut pas forcément dire ne pas être seul-e, alors oui, échanger et être compris-e doit apporter la légèreté qui me manque tant… et puis, 39 ans de silence, 39 ans à construire cette protection, ça commence à être trop long, trop lourd, trop étouffant… je suis bien comme je suis, fier-e même, mais il me manque la liberté de m exprimer sans filtres, sans être concentré-e sur ce que je pourrais dire ou faire bien que j’en sois beaucoup moins prudent-e voir dans la provocation ces derniers temps …
    Merci pour ton écoute 😉

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