Des violences médicales ordinaires

J’ai envie de continuer à vous parler de ma vie d’adulte et de mes souvenirs récents.

Comme on va parler de violences médicales, de manipulations, prenez le temps de savoir si vous voulez en lire davantage.

Quand j’avais environ 25 ans, j’ai eu un petit problème au niveau de la sphère uro-génitale (oui, ça fait très pro dit comme ça mais c’est aussi une façon de rester assez flou·e). Mon généraliste m’a donc orienté vers un spécialiste qui travaillait dans le service d’urologie d’un hôpital parisien. Forcément, j’y arrive assez tendu·e, d’une part à cause de mon inquiétude pour mon souci de santé mais aussi parce que j’appréhende la rencontre avec le médecin et comment il va se comporter.
Comme d’habitude, c’est cette fameuse histoire de craindre de faire à nouveau des rencontres violentes avec des médecins. J’entre dans le bureau. Le médecin est là avec « son » interne. Sa présence n’est pas nommée donc pas de marge de négociation sur sa présence. Sans doute qu’il s’agit encore d’un médecin qui pense que la formule « qui ne dit mot consent » est intelligente et adaptée… Bref, à ce moment là de ma vie, il m’est impossible de dire qu’être reçu·e par deux médecins, dont un qui va m’observer me mets très mal à l’aise. J’explique mon problème actuel. Et je dis un mot sur mon parcours médical passé (nom de mon « syndrome » + opération). Le médecin me dit « On va voir ça ».
Finalement il regarde, utilise un instrument qui me fait mal. Je lui dis. Il continue. Il me fait super mal. Je lui dis que je commence à entendre des bourdonnements et que je ne vois plus rien. Il arrête et s’agace : «Vous auriez pu me dire que vous faisiez des malaises vagaux ». Il me donne une prescription pour un traitement et me dit de reprendre un rdv. Je réponds oui mais je sais dans ma tête que je n’y remettrai pas les pieds.

Après un nouveau passage chez le généraliste, j’ai une autre adresse. Cette fois, direction un centre médical pluridisciplinaire.
Une fois là bas je suis reçu·e par un médecin de 60/65 ans. Je lui fais le topo sur ce qui m’amène et sur mon passé médical. Il m’explique « Vous n’auriez pas pu mieux tomber, j’étais un spécialiste de [nom de « mon syndrome »], j’en ai opéré plein ». Ambiance. Je me retrouve une nouvelle fois à me faire ausculter. A ce stade là, mes souvenirs sont flous. Je ne sais plus très bien mais j’accepte son traitement et de le revoir peu de temps après.
Contrairement au premier médecin, il me parle gentiment, ne me remets pas en cause. Je me détends un peu. J’ai besoin d’avoir confiance.
Finalement je le revois quelques semaines plus tard. Le problème qui m’a amené à consulter s’est en partie arrangé mais ce n’est pas fini. Il me dit de continuer mon traitement. Par contre il me dit qu’il a repéré qu’il y a une partie de l’opération que j’avais eu bébé dont le résultat n’est pas bon et que ça pourrait être un vrai souci plus tard si j’avais un problème de santé qui nécessitait la pose d’une sonde urinaire. Face à sa conviction et à son insistance que ce serait « plus raisonnable pour l’avenir », j’accepte une intervention qu’il me décrit comme légère, en ambulatoire et non douloureuse.
L’opération est fixée et faite. A mon réveil il me dit qu’il est content du résultat. Puis précise qu’il a aussi pris l’initiative de faire une « toute petite intervention en plus » pendant qu’il y était. Je me sens mal, j’ai l’impression de m’être fait·e avoir. Je serre les dents et souris. Je me demande même si, en pilote automatique, je ne lui dit pas merci…
Bien entendu, il ne me reverra jamais. Même pas pour vérifier que les fils se sont bien résorbés. Si la cicatrisation de l’intervention prévue n’est pas douloureuse, il n’en est pas du tout de même pour « le petit plus » qu’il avait fait en profitant de l’anesthésie. Je me sens vraiment imbécile. Et je suis en colère contre moi. Pas contre lui.

article 46- violences médicales ordinaires

Quelques années plus tard, j’évoque en version courte toute cette histoire avec une autre personne intersexe. Elle me dit que l’argument de la pose d’une sonde urinaire était mensonger et me donne des explications tout à fait convaincante qui montrent qu’il y avait une alternative technique ne nécessitant pas de chirurgie.
Ce mensonge médical m’en rappelle un autre, bien plus ancien. Celui de mon médecin traitant, que j’aimais beaucoup par ailleurs, qui était chargé de faire mes piqures d’hormones. Un jour où je refusais la piqure et que même maintenu·e par ma mère et mon frère, ils avaient du mal à me garder en place, il m’avait dit « si tu continues à bouger, je risque de casser l’aiguille à l’intérieur ». Cette image m’avait effrayé·e et je n’avais plus moufté·e.
Ce n’est que des années plus tard que j’ai appris par un médecin de mon entourage que ce n’était pas possible et qu’il s’agissait d’un mensonge.

Aujourd’hui, une part de moi reste en colère contre moi et se dit que j’ai été très bête à plusieurs reprises. Bête de ne pas comprendre les mensonges. Bête d’accepter ce qu’on me disait à partir du moment où c’était dit avec un sourire et de la douceur. Mais, maintenant, je suis également en colère contre ces médecins et contre le système qui les a formé et qui leur donne la conviction qu’ils font bien leur boulot et qu’ils sont intouchables. Et je me dis que ces violences là, sont des violences médicales « banales ». Les témoignages sur les violences gynécologiques et obstétricales de ces dernières années m’ont convaincu que tout cela est une norme. Pas au sens ou ce serait acceptable mais au sens ou statistiquement, ce sont des façons de faire qui sont très fréquentes.

Voilà, c’était mon article de rentrée, débordant de joie et de bonne humeur.

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