Eléments de biologie : la complexité du sexe

Fiche basée sur la lecture du livre de Thierry Hoquet, Des sexes innombrables – Le genre à l’épreuve de la biologie

Toutes nos connaissances sont toujours des dispositifs situés, qui sont déployés à une époque donnée, avec des outils, des concepts et des instruments historiquement relatifs, mis en œuvre par des individus qui sont engagés dans l’existence, qui ont des pratiques sexuelles et des positions politiques. Si bien qu’il nous faut des théories scientifiques pour décrire le réel, que nous pouvons nous efforcer d’en produire de meilleures, mais qu’en définitive une théorie scientifique n’a qu’une chance bien faible de durer toujours : toutes nos constructions sont faillibles et il faut s’en méfier.

Donna Haraway mit en garde les théoriciennes féministes contre un concept de genre qui serait en quelque sorte tenu en quarantaine, à l’abri des infections du sexe biologique, avec en symétrique une biologie renvoyée à la nature et soustraite à toute intervention critique.

Le couple femme/homme n’est jamais équivalent ni au couple femelle/mâle ni à féminité/masculinité, et ce en dépit de l’apparente homologie qui existe entre ces trois dichotomies. Dans le cadre de la distinction sexe/genre, on peut dire que la paire femelle/mâle incarne le sexe, et que féminin/masculin représente le genre; quant au couple femme/homme, son statut est incertain; comme un nouage ou un point de rencontre, où le genre doit se conformer au sexe.

La bicatégorisation désigne le vice de couper la nature en deux. Pourquoi ranger les individus au sein de chaque espèce, à commencer par la notre, dans deux boites hétérogènes l’une à l’autre : les Femelles d’un côté et les Mâles de l’autre ? Dès lors, tout ce qui n’entre pas dans l’une ou l’autre de ces boites se trouve assigné à la monstruosité et à l’anomalie, et se voit éliminé ou du moins condamné à une vie bancale et intermédiaire.

On pense à tort, selon « le bon sens » qu’il y a deux sexes évidents. Mais si on s’appuie sur la biologie, les choses sont tout de suite plus complexe. En effet, le sexe a des coordonnées nombreuses : sexe chromosomique, sexe génital, sexe gonadique, sexe hormonal, sexe gamétique. Chaque individu peut se situer différemment sur chacun de ces axes. Dès lors, quelle coordonnées viendrait dire un supposé « vrai sexe » de la personne ? Selon les époques, les réponses ont été différentes. Nous en parlerons plus précisément plus tard. On voit déjà que la question de qu’est-ce que le sexe biologique d’une personne est complexe.

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Il est important de questionner la question de la « norme ». En effet, quand on parle de la norme on peut parler de plusieurs choses :
– la norme statistique (fréquent/atypique)
– la norme médicale (sain/pathologique)
– la norme politique (normé/déviant)

On peut dire que du point de vue de la norme statistique les intersexes sont atypiques ou peu fréquents. La société les estimes alors comme des déviant·e·s sur un plan politique. Et cela se traduit par une pathologisation sur le plan médical. Il faut avoir en tête que la pathologisation sur le plan médical vient renforcer et légitimer la stigmatisation sociale qui a son tour permet à la médecine de pathologiser davantage.

Un exemple sur la question de la norme et de comment celle-ci est utilisée contre les intersexes. Statistiquement, un clitoris « normal » ne dépasse pas 1 cm, un pénis « normal » a une taille comprise entre 2,5 et 4,5 cm. En dehors de ces normes statistiques, on est dans l’anomalie, c’est à dire la rareté. Or, cette « rareté » a été traitée comme pathologique, si bien qu’on a pu dire que, du point de vue médical, il est absolument proscrit d’avoir des organes génitaux qui mesurent entre 1 cm et 2,5 cm. Si un enfant nait avec un clitoris trop gros ou un pénis trop petit, par rapport à ces données statistiques, les chirurgiens l’opèrent.

Revenons maintenant aux différentes coordonnées du sexe.
1) sexe chromosomique: XX, XY, XXY, XO, XXX, XYY, formule chromosomique mosaïque, etc.
2) sexe génital: toutes les configurations et diversités possibles (cf. échelle de Prater par ex)
3) sexe gonadique: ovaires, ovotestis, testicules
4) sexe hormonal: toutes les subtilités sont possibles; bien des femmes ont des dosages hormonaux plus proches de la moyenne de ce qui est attendu pour les hommes et inversement
5) sexe gamétique: il n’y a que sur cette coordonnée du sexe qu’on trouve un binarisme (soit ovules, soit spermatozoïdes).

Si sur un seul des registres du sexe il y a du binarisme alors qu’il y a de la complexité et de la diversité sur les autres, pourquoi donner une place prépondérante à ce niveau là et qu’est-ce que ça veut dire de ratiboiser une part de la réalité biologique complexe pour tout unifier, donner une dimension univoque au sexe ?

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