Toi qui es un imposteur

[Pour les personnes qui n’ont pas le contexte, le voici]

As-tu conscience de l’ignominie de tes actes ? Je vais te parler de ce que tes mensonges ont produit ou risquent de produire pendant tout un temps, tels des déchets radioactifs que nous allons devoir traiter après ton passage.

Les personnes qui t’ont accueilli, qui t’ont ouvert les portes de la communauté intersexes vont sans doute se sentir coupables. Elles vont avoir l’impression d’être en partie responsables de ce que tu as produit sur leurs proches, sur leurs camarades, sur leurs ami·e·s. Alors que tu es seul responsable. Et celles qui avaient l’impression d’avoir partagé quelque chose de vrai avec toi, quelle trahison ! Je pense aussi aux personnes qui sont en questionnement sur leur intersexuation et qui vont craindre d’être associées à toi, qui vont se sentir moins légitimes à se rapprocher des leurs et qui vont rester à affronter cela seule pendant encore de longs mois. Je pense également au risque de la suspicion notamment chez celleux d’entre nous qui accueillent les nouvelles générations et qui, dans un coin de leur esprit, ne pourront pas s’empêcher de se demander si la personne en face leur ment, et ce faisant, iels seront moins disponibles pour cette rencontre, tellement importante pour la personne en face, qui cherche des réponses, du lien, de l’appartenance. Enfin, je pense à toutes les personnes intersexes qui se disent qu’elles ont eu la chance de ne pas te croiser mais qu’elles risquent elles aussi, à un moment ou à un autre d’être trahies par un autre imposteur.

J’imagine que tu n’as pas compris certaines choses importantes en étant en lien avec nous, sinon tu serais parti de toi même avant de faire des dégâts. Laisse moi te rappeler quelques éléments de base.

En tant qu’intersexe, on grandit en se pensant seul·e au monde. On apprend à ne pas espérer à rencontrer une personne comme soi parce qu’on nous a dit que ça n’existe pas, ou si peu. Alors on n’espère pas. Ce qu’on fait de notre énergie c’est autre chose : on apprend à construire des barrières, on ferme les portes, on barricade les fenêtres. On apprend à se méfier des autres parce qu’on a la représentation, par nous-même ou parce que nos parents nous l’ont dit, que l’extérieur est dangereux, que se laisser approcher est un risque. Alors on se cache, on cache son corps, on cache ce secret qui est en un, pas dans l’absolu, mais parce qu’on vit dans ce monde bien précis.
Vient un jour où le mur commence à s’effriter. Généralement, un mur qui se fissure, c’est une mauvaise nouvelle, c’est signe d’une fragilité, d’un effondrement qui risque de se produire. Ici, rien de tout cela. C’est pour laisser passer l’air que ce mur s’effrite. C’est parce qu’on a l’espoir de rencontrer d’autres comme soi, pas tout à fait semblables mais suffisamment proches de soi, d’une façon qu’on n’a jamais rencontré jusqu’alors. On est en train de découvrir l’existence d’autres intersexes. Et ça fait du bien même si ça remue sacrément. C’est parfois même une tempête au début ; ça souffle fort, il faut s’accrocher. Mais à choisir entre trop de vent et pourrir dans une prison hermétique, je pense qu’on est beaucoup à n’avoir pas hésité longtemps.
Et malgré la violence de la vie sous ses différents aspects, et pour ceux que nous, personnes intersexes, connaissons spécifiquement, on découvre une vie différente avec davantage d’espoir et de jolies choses. Et là, tu arrives et tu abimes une partie de ce qui était en train de se mettre en place de beau.

Comment as-tu osé entrer dans nos vies de cette façon ? De cette façon tellement glauque et sale. Imagines-tu un instant ce que tu as cassé ? Comment pouvais-tu ne pas anticiper qu’en mentant de la sorte, en te faisant passer pour l’un·e des nôtres tu n’allais pas nous blesser ?

Mais est-ce vraiment un problème pour toi les autres et leurs émotions ? Ce qu’on ressent, ce qu’on a vécu, ce avec quoi on doit vivre comme traumas. Non, je pense que tu es tout entier tourné vers toi. Tes raisons, je m’en fiche. Pour toi, c’est peut-être 100% du voyeurisme. Savoir au plus près ce qu’on a dans le ventre. Tu es comme ces médecins qui nous ont ouverts pour regarder à l’intérieur mais tu n’as pas utilisé de bistouri pour ça. Ou c’est peut-être une façon d’appartenir à un groupe, à une famille de substitution. Ou alors c’est l’idée que grâce à ça tu auras de l’intérêt de la part des autres : on te posera mille questions intrusives sur ta vie et sur ton corps. Quel pied ! Etre une personne intersexes aujourd’hui, c’est une telle chance, ça donne tellement de privilèges !

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Saches que je suis dans un état de fureur contre toi. Te faire passer pour une personne intersexe c’est une trahison comme je l’ai dit précédemment. Mais c’est aussi annuler ce qu’on a vécu. Nos vies ne sont pas des rôles qu’on peut endosser pour en tirer un quelconque bénéfice. Nos vies ne sont pas des histoires passionnantes et irréelles. Nous sommes lesté·e·s par les souffrances que la société nous a infligées (mutilations, injonction au secret, agressions verbales, etc.) T’habiller avec notre identité c’est en quelque sorte nier le poids de tout ça quand bien même on arrive à traverser la vie avec. C’est faire comme si nos parcours d’intersexes étaient enviables, légers, un plus dans nos vies. Ce n’est pas le cas. Au mieux, on parvient à en faire quelque chose de bien pour soi et pour les autres parce que ça nous rend hypervigilant·e·s sur les injustices sociales, sur les consentements non-respectés, sur les violences (qu’elles soient commises par des individu·e·s, des personnes dépositaires d’une autorité ou par l’état lui-même).

Peu importe que tu essayes de te cacher derrière tes prétendues « bonnes raisons ». Je n’aurai pas un instant d’empathie ou de compréhension pour toi. Ce que tu as vécu comme souffrances ne te donnera jamais le droit de faire souffrir les autres en retour, de les utiliser pour ton bénéfice sans te soucier des conséquences.

Enfin, pour finir je vais m’adresser à celleux qui auraient envie de suivre le même chemin que toi. Trouvez autre chose à faire de vos vies. Je vous le recommande vivement.
J’ai grandi à la campagne et parmi ce que j’y ai appris c’est que les animaux blessé·e·s ont une force incroyable et n’ont plus grand chose à perdre. Un sanglier heurté par une voiture peut la mettre en pièce l’instant d’après. Parfois c’est une réponse à la violence qu’il a subie sans s’y attendre, parfois c’est pour protéger les autres membres de son groupe qui sont à proximité. Je pense qu’une partie d’entre nous avons la capacité à mobiliser la force et la fureur des animaux blessé·e·s. A toi de voir si tu tiens à vérifier mon hypothèse.

 

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