Ton indifférence me tue !

La colère me prend. Là, d’un coup.

Et je pense à Audre Lorde qui en parle si bien.

La colère, c’est une réaction appropriée face à un certain nombre de comportements et d’injustices. « Dirigée avec précision, la colère peut devenir une puissante source d’énergie au service du progrès et du changement »1. Mais plus basiquement la colère permet aussi d’avoir la force d’agir au quotidien, de supporter la vie. De tenir. De survivre.

Alors parce que je ne veux pas m’effondrer, je vais me laisser traverser et porter par cette colère.

***

Tu es féministe et/ou LGBTQ+ et/ou tu te définies comme une personne politisée.

Tu donnes des cours à la fac où tu utilises les intersexes pour montrer que la catégorie « sexe » est le produit d’une construction sociale tout comme la catégorie « genre ». Tu te sens progressiste et déconstruit·e.

Tu es à l’aise avec ta conscience parce que tu es végé et parce que tu fais un don chaque année à l’OIP, au Refuge ou à la Croix Rouge.

Les intersexes, c’est quoi pour toi ? Une illustration qui prouve la pertinence des théories de ton auteure préférée ? Trop minoritaire pour mériter d’entendre nos revendications et de les diffuser autour de toi ? Pas vraiment un problème (finalement, les opérations sans consentement aident peut-être la plupart des intersexes d’après toi) ? Peut-être que c’est un groupe de personne qui n’arrange pas ton agenda militant ? Ou alors tu te dis qu’être intersexe c’est juste une nouvelle identité de genre comme les demiboy ou les xénogenres.

Là, tout de suite, cette indifférence, cette façon dont tu as à ne pas t’informer, à ne pas écouter ce que je dis, ce qu’on est nombreuses et nombreux à te dire, c’est juste insultant et revoltant.

Je n’attendais pas que tu nous rejoignes activement, comme allié·e de tous les instants mais juste que tu sois un peu plus mobilisé·e et sensible à nos actions, à nos témoignages, à nos analyses. Le 26 ocotbre, c’était la journée de sensibilisation intersexe. Plein de trucs ont été faits ou publiés par des activistes du monde entier. Ce qui en a été repris par les personnes non concernées est un pourcentage ridiculement faible. Le 8 novembre ce sera la journée du souvenir intersexe et je pense que nous aurons une nouvelle fois à recevoir la gifle de ton indifférence.

Nous crions au monde que nous existons, après des années à rester caché·e·s, dans la honte et le secret. Et maintenant qu’on crie, qu’on bouge, on prend conscience d’un truc. Alors que c’est coûteux pour nous toustes, intersexes, de faire tout ça, ce n’est pas suffisant. On pensait que lorsqu’on arriverait à faire du bruit, par nos écrits, par nos documentaires, par nos actions dans la rue, on serait entendu. Mais non, on a fait l’erreur de penser qu’en face il y aurait des oreilles pour nous entendre et même peut-être pour nous écouter. Et là dessus je pense qu’on s’est vraiment planté·e·s !

Tu détournes ton regard, tu bouches tes oreilles. Le monde est déjà trop compliqué, trop douloureux pour voir et entendre une injustice de plus, des souffrances de plus, des combats inégaux de plus. Peut-être que si j’étais à ta place je comprendrais cette réaction. Peut-être que je la partagerais.

Mais je suis intersexe et aujourd’hui je suis en colère et plein d’amertume. Je ne sais plus si je crois encore en toi.

Ce que je sais c’est que je ne te laisserai pas confortablement dans ton indifférence distraite. Je peux faire encore plus de bruit pour être entendu.

Pour finir, je laisse la parole à Audre Lorde : « Et n’utilisez pas ma colère comme excuse pour rester aveugles, ni pour vous dédouaner de la responsabilité de vos propres actions » 2.

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1. « Sister Outsider – Essais et propos d’Audre Lorde sur la poésie, l’érotisme, le racisme, le sexisme… » Editions Mamamélis, 2003.
2. ibid

Journée de la visibilité intersexe

Aujourd’hui, c’était la journée de la visibilité/sensibilisation intersexe. Il y a eu beaucoup de choses qui ont été publiée ou qui ont été faite dans plein de pays. Voilà une petite sélection forcément qui a ses limites mais qui présente pas mal d’enjeux actuels. Pour les non-anglophones, vous pouvez utiliser des traducteurs en ligne comme celui de Google ou autres, le rendu est assez bon.

Twenty years ago today, intersex activists took to the streets of Boston and demonstrated outside a conference of the American Academy of Pediatrics.

It was the first public demonstration by intersex people in North America — an event commemorated yearly as Intersex Awareness Day.

On this 20th anniversary, Lambda Legal has joined a coalition of intersex activists and organizations from around the world to reaffirm the importance of intersex rights. Together we presented the following resolution:

All intersex people have the right to make their own decisions affecting their bodily integrity, physical autonomy and self-determination.
Medically unnecessary treatment, surgeries and sterilizations of intersex people should not occur without said intersex person’s full informed consent.
Intersex people and the families of children born with intersex traits should have access to non-pathologizing psychosocial and peer support.

source : http://www.lambdalegal.org/blog/20161026_intersex-awareness-day-2016

1

Mettre fin à la violence et aux pratiques médicales préjudiciables contre les enfants et les adultes intersexes, exhortent des experts régionaux et onusiens

(24 Octobre 2016) – Dans la perspective de la Journée de la visibilité intersexe le 26 Octobre, un groupe d’experts internationaux et des Nations Unies en matière de droits humains appelle à mettre fin de toute urgence aux violations des droits de l’homme contre les enfants et les adultes intersexes. Ils exhortent les gouvernements à interdire les pratiques médicales préjudiciables sur les enfants intersexes, y compris les chirurgies et traitements non nécessaires sans leur consentement éclairé, et la stérilisation.

Dans beaucoup de pays, les bébés, enfants et adolescents intersexes sont soumis à des chirurgies, des traitements hormonaux et d’autres procédures sans nécessité médicale, pour essayer de changer de force leur apparence pour être conforme avec les attentes de la société sur les corps féminins et masculins. Lorsque, comme cela est souvent le cas, ces procédures sont effectuées sans le plein consentement, libre et éclairé de la personne concernée, elles constituent des violations des droits humains fondamentaux.

Les parents d’enfants intersexes sont souvent mis sous pression pour donner leur accord à de telles chirurgies ou traitements sur leurs enfants. Ils sont rarement informés des alternatives ou des conséquences négatives potentielles de ces procédures, qui sont régulièrement effectuées en dépit d’un manque d’indication, de nécessité ou d’urgence médicale. Ces procédures sont fréquemment justifiées sur la base de préjugés sociaux, de la stigmatisation des corps intersexes et des exigences administratives pour assigner le sexe lors de l’enregistrement de la naissance.

Des effets négatifs particulièrement importants de ces procédures fréquemment irréversibles ont été informés, y compris l’infertilité permanente, l’incontinence, la perte de sensation sexuelle, de la douleur au long de la vie et des souffrances psychologiques graves, y compris la dépression et la honte liée aux tentatives d’effacer et de cacher les traits intersexués. Dans de nombreux cas les personnes intersexes n’ont même pas accès à leurs propres dossiers médicaux ou certificats de naissance originaux.

Bien que la prise de conscience sur l’existence des personnes intersexes et leurs droits progresse grâce au travail des défenseurs intersexes des droits humains, seulement quelques pays ont pris des mesures concrètes pour faire respecter les droits des personnes intersexes et les protéger contre les abus.

Les États doivent, de toute urgence, interdire les chirurgies et les procédures sans nécessité médicale sur les enfants intersexes. Ils doivent respecter l’autonomie des adultes et des enfants intersexes ainsi que leurs droits à la santé, à l’intégrité physique et mentale, à être à l’abri de la violence et des pratiques préjudiciables et ne pas être soumis à la torture et aux mauvais traitements. Les enfants intersexes et leurs parents doivent bénéficier d’un soutien et de conseils, y compris de leurs pairs.

Les enfants et les adultes intersexes doivent être les seuls qui décident si ils souhaitent modifier l’apparence de leur propre corps – dans le cas des enfants, quand ils ont l’âge ou quand ils sont assez matures pour prendre une décision éclairée par eux-mêmes. Ils doivent avoir accès à un soutien adéquat, ainsi que des services médicaux qui répondent à leurs besoins de santé spécifiques et qui sont basés sur la non-discrimination, le consentement éclairé et le respect pour leurs droits fondamentaux. A cet égard, il est essentiel de renforcer l’intégration de ces principes des droits humains dans les normes et protocoles émis par les organismes de réglementation et les organismes professionnels.

Les États doivent enquêter sur les violations des droits humains contre les personnes intersexes, responsabiliser les personnes reconnues coupables d’avoir commis de telles violations et fournir des réparations et indemnisations aux personnes intersexes soumises à des abus.

Mettre fin à ces abus exigera également que les États sensibilisent davantage le public sur les droits des personnes intersexes, et les protègent contre la discrimination fondée sur les caractéristiques sexuelles, y compris dans l’accès à la santé, l’éducation, l’emploi, le sport et l’obtention de documents officiels, ainsi qu’une protection spéciale quand ils sont privés de liberté. Les États doivent également lutter contre les causes de ces violations telles que les stéréotypes, la stigmatisation et la pathologisation, et doivent former les professionnels de la santé et les fonctionnaires, y compris les législateurs, le pouvoir judiciaire et les responsables politiques.

source : http://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=20739&LangID=F

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RESOLUTION ON THE 20th ANNIVERSARY OF THE FIRST INTERSEX PROTEST NOW COMMEMORATED AS INTERSEX AWARENESS DAY

On this Intersex Awareness Day, the undersigned organizations join together to reaffirm the importance of intersex human rights. Despite calls for change over two decades, as well as condemnation by such organizations as the World Health Organization and the United Nations, the human rights of children born with intersex traits remain in jeopardy.

Thus, the undersigned organizations proclaim that those born with intersex traits share the same rights as all people; therefore, as informed by the demands of the Third International Intersex Forum held in December 2013:[ii]

1) All intersex people have the right to make their own decisions affecting their bodily integrity, physical autonomy, and self-determination.

2) Medically unnecessary treatment, surgeries, and sterilizations of intersex people should not occur without said intersex person’s full informed consent.

3) Intersex people and the families of children born with intersex traits should have access to non-pathologizing psychosocial and peer support.

source : http://interactadvocates.org/intersex-awareness-day/

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On this Intersex Awareness Day I want to talk with you as someone who is not only the Co-Director of GATE -an organization strongly identified with the trans movement, its goals, struggles and values –but also an intersex person.

When I was born 45 years ago, as happens very often, there was no sign of me being intersex. I was assigned female and raised as a girl. Only in puberty was it found that my body was somehow different from other female bodies. Doctors assured that a very simple surgical procedure would correct that, and that I would grow up to be a woman. I told them that I didn’t want to become a woman, but my male identification was taken as proof of how necessary that procedure was to fix me: my body and identity. I was forced into a vaginoplasty, and almost 30 years after it, I still survive its consequences: chronic pain, insensitivity, massive scarring, and the persistent feeling of being a trans man who was therapeutically raped through six years of vaginal dilations under general anesthesia.

I am sharing this story with you today because Intersex Awareness Day is also a call for action. As a member of both movements, I need to tell you that there are many things that trans activists can do –and stop doing- to support intersex rights. Let me give some examples:

Intersex is not primarily about identities. Yes, for some people intersex is a personal and or political identity and yes, many intersex people face challenges changing legal gender markers but being intersex is not primarily about identity. Being intersex is about having been born with sex characteristics (i.e., genitals, chromosomes, gonads, etc.) that vary from male or female standards. Therefore, intersex people are not a natural third sex, we don’t have a third gender by definition, and leaving a blank sex assignment at birth is not the way to “create justice” for us. We need to stop approaching intersex issues as if they were trans issues. Actually, we can collaborate a lot with the intersex movement by making it clear how wrong that approach is.

Some trans people use intersex as a way of explaining who they are, or to make sense of their bodies or identities. By doing this, intersex becomes just another way of saying trans (or saying queer, or saying non-binary). However, intersex is not about being trans, queer or non-binary: it’s about bodies and what happens to people who are born with them. We need to stop instrumentalizing intersex to speak our truth as trans people.

As trans activists we hate when the T is included just as a token; the same goes for the I. Don’t do it, and protest when others do it. And, speaking of inclusion, some trans people are also intersex people, but sometimes trans spaces don’t have enough space (or space at all) to acknowledge bodily diversity. Actually, binary ideas about bodies and body-shaming make the world challenging for us all. Let’s work together to dismantle them!

Many people –including many trans people- tend to think about intersex as a rare phenomenon affecting very peculiar infants and, therefore, they just ignore how common intersex is, and fail at recognizing the existence of intersex adults. The intersex movement is strong, highly sophisticated and politically committed worldwide. Don’t speak on behalf of us: speak with us. Walk with us.

During the last five years trans and intersex activists have been working –sometimes on our own, sometimes together- on the reform of the International Classification of Diseases, struggling to depathologize us while ensuring our full access to healthcare and coverage, and aiming to identify the intrinsic connections between pathologizing us and gross human rights violations. Recognizing and respecting intersectionalities differences while working on common goals is not only a good way of building emancipatory alliances: it’s the only way.

When I started doing activism two decades ago I didn’t have the right words –for me, for my body, for my identity or for my sexuality. I just wanted to stop the hell I was going through. In the last 20 years I have seen many incredible changes produced by truly amazing activists from different movements. However, stories like mine –and many, many other stories of stigma and discrimination, ‘normalizing’ mutilation, rape, pain and silence- keep repeating, in different hospitals in my own country and, most likely, in your country too. We –you, me, all of us- deserve to see the first generation of intersex people fully enjoying their human rights. Let’s work together to make that happen in our lifetime.

In solidarity,

Mauro Cabral
Global Action for Trans Equality (GATE)

source : https://transactivists.org/2016/10/26/iad2016-a-message-from-mauro-cabral/

Existrans – Une marche pour les droits des trans et des intersexes

Cette année, c’était la 20ème. Nos revendications sont toujours nombreuses et nos droits sont toujours piétinés comme le dit bien l’affiche de la marche 2016. Tout cela me met très en colère. Hollande et son gouvernement se sont clairement moqués de nous même si on s’en doutait un peu à l’avance. Pire, un certain nombre d’associations dites « LGBT » aussi. Comme le pointait très justement Alice Coffin1 il y a quelques jours, les gays cisgenres n’ont pas toujours brillé par leur soutien aux revendications autres que le mariage…

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Pourtant, malgré tout ça, aujourd’hui, j’ai ressenti de l’espoir et une belle énergie. Déjà, il y avait du monde, et ça, c’est toujours bien. Ça permet de voir qu’on est pas seul·e·s. Ensuite, c’était assez sympa de voir que d’années en années, il y a de nouvelles générations qui viennent, qui font leur première marche, qui échangent avec les générations précédentes. C’est un beau moment de transmissions d’anecdotes et de stratégies militantes.

Et puis j’ai été sensible au fait que cette année les revendications spécifiques aux intersexes étaient davantage visibles. Ainsi, dans le communiqué de presse, il y avait toute une partie sur les mutilations subies par les enfants intersexes :

Chaque jour, des enfants intersexuéEs viennent au monde, en France ou ailleurs. Aujourd’hui encore, la médecine occidentale moderne s’obstine à faire de ces variations notamment morphologiques, hormonales et/ou génétiques des caractères sexués un état pathologique nommé « trouble du développement sexuel ». Ce diagnostic entraîne la mise en place d’un protocole médical qui ne répond à aucune nécessité médicale mais vise à transformer ces corps jugés « anormaux » en corps « normaux », suivant les catégories de sexes « homme » et « femme ». De nombreuses mutilations sexuelles ainsi que des traitements hormonaux sont ainsi imposés sans le consentement des personnes concernées, le plus souvent très jeunes. Pratiquement toujours irréversibles, entraînant parfois la stérilisation et provoquant souvent d’autres effets secondaires, ces atteintes particulièrement violentes à l’intégrité physique des personnes intersexes sont insupportables, jamais sans conséquences psychiques pour les personnes qui les subissent.

Le Comité contre la torture de l’ONU lui-même, dans ses « Observations concernant le septième rapport périodique sur la France », a recommandé à notre État de « prendre des mesures législatives, administratives ou autres nécessaires pour garantir le respect de l’intégrité physique des personnes intersexuées ». La France doit mettre fin à ces pratiques !

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Il y avait aussi beaucoup de revendications également portées par les associations intersexes :

1. L’arrêt immédiat des opérations et des mutilations, des stérilisations, “traitements” chimiques ou hormonaux forcés, des pratiques psychiatriques imposées sur les enfants et adolescent-e-s Intersexes, l’accompagnement psychologique non pathologisant de leurs parents et l’accompagnement à l’auto-détermination des Intersexes, conformément à la résolution 1952 (2013) du Conseil de l’Europe pour le droit des enfants à l’intégrité physique.

2. La suppression de la caractérisation de l’intersexuation comme “troubles du développement sexuel” dans la classification internationales des maladies et sa déclinaison dans les textes réglementaires en France.

3. La formation et la sensibilisation des personnels en contact avec les personnes Trans et Intersexes (santé, éducation, social, administratif, justice, prisons, etc.), en lien avec les associations Trans et Intersexes.

4. La mise en place de mesures pour favoriser l’accès au monde du travail et aux études et pour protéger les salariéEs Trans et Intersexes.

5. Le respect des droits humains pour les personnes Trans et Intersexes en milieu carcéral.

6. La reconnaissance et la prise en compte de l’extrême fragilité sociale des personnes Trans et Intersexes migrantEs sans papiers dans les demandes de régularisation et d’asile.

7. La suppression des tests d’identification sexuelle pour les compétitions sportives

8. Le financement de campagnes de sensibilisation, en collaboration avec les associations Trans et Intersexes, pour lutter contre la Transphobie et les violences médicales et sociales contre les personnes intersexes et pour la visibilité des personnes Trans et Intersexes.

9. La prise en compte par les médias du kit de l’Association des Journalistes LGBT (AJL) pour le respect des personnes Trans et Intersexes.

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Enfin c’était également super touchant de voir ces pancartes et drapeaux intersexes portées par des personnes alliées trans ou cis. Bref, ce soir, je suis un peu à plat mais je vous embrasse toustes et vous souhaite une belle soirée.

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  1. https://alicecoffin.wordpress.com/2016/10/09/convier-emmanuel-pierrat-a-un-congres-lgbt-camarade-gay-entends-tu-la-colere-des-femmes/

Toi qui es intersexe

Tu as peut-être imaginé ne jamais avoir d’amoureuses ou d’amoureux
Tu te demandes encore parfois comment on peut te trouver belle/beau

Tu as déjà maltraité ton corps
Tu oubliais régulièrement tes affaires de piscine
Tu mets les autres à distance pour ta sécurité
Tu as parfois baissé les bras
Tu as été blessé.e plus que de raison
Tu te demandes parfois comment tu as supporté tes années d’adolescence

Agé.e, pendant ta toilette, tu as entendu les rires des aides-soignantes
Tu sais ce que c’est d’être confronté.e aux questions indiscrètes sur ton corps, qu’on ne poserait pas aux autres
Tu as fait l’expérience qu’accéder à ton dossier médical est un parcours semé d’embûches

Tu as toujours été écorché.e
Tu as sûrement fais des cauchemars, toujours les mêmes
Tu connais trop bien la honte et le secret

Tu te sens moins digne d’être protégé.e que les autres
Tu te sens moins digne d’être aimé.e que les autres

Tu t’es fait.e insulter parce que tu as toujours été perçu.e comme différent.e
Tu as pu trouver un peu ou beaucoup de soutien auprès d’autres minorités

Tu as appris à survivre
Tu as pu espérer
Tu as parfois renoncé
Tu vis et tu luttes
Tu es plein.e de force
Tu n’es pas seul.e